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Paroles de la chanson «Almost Cut My Hair» (avec traduction) par Crosby, Stills & Nash (And Young)

Déjà Vu (1970)
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Albums : Déjà Vu

Paroles et traduction de «Almost Cut My Hair»

Almost Cut My Hair
(J'ai failli me couper les cheveux)

Almost cut my hair
J'ai failli me couper les cheveux
It happened just the other day
C'était il y a quelques jours à peine
It's gettin kinda long
Ils étaient plutôt longs
I coulda said it was in my way
J'aurais pu dire que ça m'allait bien
But I didn't and I wonder why
Mais je ne l'ai pas fait et je me demande pourquoi
I feel like letting my freak flag fly
J'ai comme envie de laisser s'envoler ma bannière
Cause I feel like I owe it to someone
Parce que j'ai l'impression de devoir ça à quelqu'un

Must be because I had the flu for Christmas
Ca doit être parce que j'ai été malade à Noël
And I'm not feeling up to par
Et parce que le fait que je n'aie pas l'impression d'être comme tout le monde
It increases my paranoia
Me rend paranoïaque
Like looking at my mirror and seeing a police car
Comme de regarder dans mon rétroviseur et de voir une voiture de police
But I'm not giving in an inch to fear
Mais je refuse de céder à la peur
Cause I promised myself this year
Car je me le suis promis cette année
I feel like I owe it to someone
J'ai l'impression de devoir ça à quelqu'un

When I finally get myself together
Quand j'ai enfin eu les idées claires
I'm going to get down in that sunny southern weather
J'ai décidé d'aller chercher le soleil dans le sud
And I find a place inside to laugh
Et trouver un endroit où il fait bon vivre
Separate the wheat from the chaff
Pour séparer le bon grain de l'ivraie
I feel like I owe it
J'ai l'impression de devoir ça
To someone
A quelqu'un

___________
Almost cut my hair.
'J'ai failli me couper les cheveux'.
Aujourd'hui, influencés par la société dans laquelle nous vivons, on pourrait penser à une blague, à un morceau humoristique, et ce titre fait un peu sourire.
Aujourd'hui.
Seulement ce morceau n'est pas sorti dans une société identique à celle que nous connaissons aujourd'hui. Ce morceau est sorti en 1970, dans un environnement incompatible avec la jeunesse, un environnement qui semblait ne pas vouloir laisser la nouvelle génération s'exprimer et vivre comme elle l'entendait. Il est techniquement impossible de dire à quel moment précis la musique rock est née, mais ce qui est sûr, c'est que c'est aux alentours des années 70 qu'elle s'est vraiment affirmée : pour les anciens, les conservateurs, il s'agissait d'une cacophonie violente et anarchiste qui était destinée à causer la perte de l'équilibre du monde ; pour les jeunes, c'est un moyen d'expression, une musique forte, intense et sensible à la fois, à leur image. C'est un moyen d'affirmer sa différence par rapport à l'ancien temps', cette époque dépassée dont les règles sont devenues obsolètes. Ceux qui écoutent du rock sont des rebelles, des marginaux, ce sont ceux qui refusent de vivre comme leurs parents, et qui veulent que le monde change pour devenir plus libre et plus agréable, et leurs héros ne sont pas des politiciens en costar-cravate, ni des militaires couverts de médailles : leurs héros sont ceux à qui ils veulent ressembler, et surtout à qui ils PEUVENT ressembler : ils sont jeunes, ils n'ont pas fait de grandes études, et ils parlent de sujets qui touchent la jeunesse, de manière franche et vraie, critiquant ce qui doit être critiqué et parlant de sentiments forts et qu'on n'achète pas : la jeune génération de 1970 se reconnaît en eux, car ils partagent le même discours. Leurs noms ? Mick Jagger, Bob Dylan, John Lennon, Neil Young...
1970.
Le rock n'est pas une musique : c'est une flamme qui brûle dans le cœur de ceux qui veulent que le monde change.
Ceux-là, ce sont les jeunes, ceux qui sont en marge de la société, ceux qui se démarquent, qui sortent du lot, qui refusent d'être des moutons de panurge. Ils sont fiers de cette différence, et veulent donc la mettre en avant : en plus du style de musique écouté, cette différence se trouvera également dans leur apparence. Hors de question de ressembler à la génération précédente, trop conformiste et étroite d'esprit pour eux. Ils porteront les habits qu'ils le désirent, et, c'est le cœur de mon propos, refuseront catégoriquement de se plier à la norme sociale implicite qui veut que les hommes aient les cheveux courts et les femmes les cheveux longs. Si vous avez vécu votre enfance dans les années 90, bercé au son de MTV et abreuvé de rock-stars industrielles qui portent les cheveux longs juste par goût (comme moi, je l'avoue), la chose peut vous sembler difficile à concevoir, mais en 1970, les cheveux longs, c'est une révolution. C'est même à la limite de la provocation.
Un homme avec les cheveux longs est considéré comme un déchet de la société, un individu qui n'y a pas sa place. On le regarde de travers, les jeunes enfants (qui sont encore sous l'influence des opinions de leurs parents), le montrent du doigt, on lui refusera la plupart du temps l'accession à plusieurs emplois. Les jeunes d'aujourd'hui que nous sommes avons tout eu depuis notre enfance, mais faire changer la société, c'est un combat avant tout individuel qu'il est parfois dur de mener.

Ayant pris conscience du contexte dans lequel ce morceau a été écrit et est sorti, vous comprenez peut-être mieux la profondeur du titre.
Dire qu'on a failli se couper les cheveux, c'est montrer qu'on a failli abandonner le Combat, qu'on a failli plier sous le poids de la pression constante exercée par les 'personnes responsables', pour rentrer dans les rangs de cette armée de moutons qui tente d'étouffer et d'endoctriner la jeune génération.
La manière dont ce morceau est interprété ne laisse d'ailleurs aucun doute quant à la gravité des propos tenus. Guitares plaintives pleurant des riffs d'une sensibilité à chialer tout au long de la chanson et une voix ? magnifique, tout simplement. C'est ce qu'on appelle une interprétation habitée : dans cette voix passent des sentiments, des émotions, des convictions, qui vont au-delà du langage et des limites de l'interprétation. Le chant n'est pas toujours juste, mais notre voix est-elle claire ou limpide lorsqu'on pleure, lorsqu'on crie où lorsque notre gorge est nouée par les sentiments que nous cherchons à exprimer ?
Les paroles sont la triste résignation d'un homme qui, épuisé mentalement, ne trouve plus la force de continuer son combat, même s'il semble avoir du mal à le reconnaître. Il a ? comme envie de laisser s'envoler sa bannière', car il à l'impression qu'il ? doit ça à quelqu'un' ?
Evidemment, la métaphore de la bannière pour la différence, la rébellion, et le combat de la jeunesse est assez facile à comprendre. Quand à l'impression d'avoir une dette envers quelqu'un, on peut y voir là l'expression de la pression exercée sur lui par le reste de la société, cette pression qui cherche à pousser chacun d'eux à rentrer dans les rangs, à se couper les cheveux, à récupérer les habits de ses parents et à jeter ses disques de rock and roll pour leur préférer Frank Sinatra par exemple (sans rien de péjoratif pour Sinatra, bien entendu).
Dans le second couplet, il prétend que le fait d'avoir été malade à Noël, d'être suivi par une voiture de police ou de ne pas se sentir comme tout le monde le rend parano et le fatigue. Il conclut cependant en disant qu'il ne cédera pas à la peur, car il se l'est promis.
Le dernier couplet, qui suit un break de guitare très expressif, constitue en quelque sort la déclaration officielle de l'abandon du combat : partir vers le sud (c'est à dire loin des grandes villes où la ? révolution culturelle' a lieu), pour enfin pouvoir profiter de la vie (c'est trop éprouvant de combattre pour faire valoir ses droits), et séparer le bon grain de l'ivraie, à savoir apprendre comment devenir ? une personne respectable', pour pouvoir s'intégrer au monde adulte, ce monde qui seul a un avenir et qui regarde la jeunesse dépravée d'un air méprisant.

Crosby, Stills, Nash et Young n'ont jamais abandonné leur combat, mais dans cette chanson, il mettent leur cœur à nu en reconnaissant que la lutte est éprouvante et qu'il est facile de céder à la résignation.

 
Publié par 16505 6 4 4 le 20 septembre 2006, 12:12.
 

Vos commentaires

Stereonozor Il y a 9 an(s) 7 mois à 04:30
5408 5 2 2 Stereonozor En passant, cette chanson n'est ni chantée ni composée par Neil Young, mais par David Crosby. Elle a été enregistrée et jouée avec le CSNY.
Mintpepper Il y a 8 an(s) 4 mois à 18:18
5956 4 3 2 Mintpepper L'explication sur le sens des cheveux long à cette époque est très vrai, mais je pense qu'il faut interpréter différemment la phrase "J'ai l'impression que je le dois à quelqu'un" (I feel like I owe it to someone).

En disant ça il n'évoque pas la pression de la société, qui le forcerait à rentrer dans le moule en coupant ses cheveux, bien au contraire!
C'est laisser ses cheveux longs qu'il doit à quelqu'un, à ceux qui justement se sont battus avant lui pour imposer une autre façon de penser, une liberté de choix.
Il a une DETTE envers eux, et c'est pour ça qu'il refuse de s'avouer vaincu en portant des cheveux courts.

Et c'est le sens, dans le couplet 1, de "I feel like letting my freak flag fly" : "Je veux laisser flotter ma bannière d'excentrique", en parlant du symbole de sa rébellion, ses cheveux.

Dans le 2ème couplet, il essaie de justifier ce qui lui a fait presque abandonner : il a été malade, il se sent traqué. Mais il refuse de céder à...
If le Red Il y a 7 an(s) 2 mois à 11:00
5313 4 2 2 If le Red Tout ça me remue encore. 190, treize an, les cheveux sur les épaules. Nous étions non-violents mais avons du apprendre à nous défendre.
En réalité le mouvement a commencé en 64, avec en 69 l'enterrement du mouvement hippie et tout a changé vers 76. Le "no futur" crétin a remplacé les luttes. On faisait du rock pour devenir célèbre? fini de lutter.
Pour la descente vers le sud c'était plutôt un engagement qu'une fuite. Les types rejoignaient des communautés activistes où on retrouvait des bannis, des déserteurs du Vietnam et des intellectuels d'extrême gauche qui ont réussi faire lier gouvernement américain. Alors pas vraiment une fuite :-)
Billenplum Il y a 2 an(s) 2 mois à 20:16
6516 7 3 1 Billenplum Il doit à quelqu'un de continuer à se battre , oui...

Il SE le doit à lui-même, c'est pour son propre choix qu'il faut se battre, pas parce qu'on doit quoi que ce soit à quiconque.

L'esprit seventies c'est bien ça : la liberté de faire ses propres choix, et non pas d'entrer dans un moule, ni celui des hippies, ni celui des conservateurs, mais celui qu'on veut pour soi, on se doit à soi-m^me d’être authentique avec ce qu'on est, et avec ses envies.

On peut dire que Neil a bien réussi ce truc là, il a tenu la promesse qu'il s'est faite. Et ce n'est pas qu'une question de longueur de cheveux ça...

Au fait, les ex grunges qui avaient désertés les titres de Neil depuis 6 ou 10 ans, vous en êtes où vous maintenant, de cette promesse?

Il est bon de se la rappeler de temps en temps, histoire de ne pas se perdre soi-même.
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