Paroles officielles de la chanson «42Ème Rue» : Le Groupe Aventures

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Paroles officielles de la chanson "42Ème Rue"

New York. Toute blanche la ville. Un mètre de neige. Des nègres avec des pompes violettes en costards d'été.
Les avenues comme des couloirs. Les bagnoles de flics au ralenti. On a posé le sac à l'hôtel pourri.
New York, New York. Mon Amérique à moi. Une bande de pillards de désespérés,
Les yeux affamés par la couleur de l'oret du vert des champs et des jeux violents. New York, New York.
J'avais mis le pull-over vert que ma grand-mère quelque part dans le Val-d'Oise en France m'avait tricoté.
Le trésor de l'immigrant quoi ! L'armure porteuse d'espoir.
Le pull-over, col-roulé vert que m'avait tricoté ma grand-mère, m'empêchait d'être un homme. J'en étais sûr !
Ce pull-over vert m'empêchait d'avoir l'air d'un grand voyageur détaché de tout.
J'en avais parlé toute une nuit à mon pote qui s'était endormi pendant la première moitié de mon admirable thèse
Sur comment-il-faut-se-débarasser-des-pull-overs-verts-tricotés-par-les-mamies.
Elle était tellement loin, tellement seule à penser à moi là-bas Mamie.
Vite un coup de blues. Parce que New York c'est grand.
C'est grand pour un petit gars qui vient de si loin sans dents, avec l'immense espérance du vent.
En face de nous deux négresses.
Il y en a une qui porte un chapeau comme les gonzesses à Longchamp au printemps.
On se regarde. Elle me sourit. Et puis on se parle enfin je comprends que c'est une fille qui se défend
Et qu'elle veut bien dormir avec moi. Pardi ! Mais moi je me décide à le faire dans le côté romantique :
Un petit Blanc rêveur dans les bras d'une pute avec un chapeau comme les gonzesses à Longchamp.
Je trouve ça follement poétique. Je trouve ça chromo !
J'ai les mains qui tremblent dès que je découvre une terre étrangère. Les filles à boire, les filles à manger !
On se retrouve sur le trottoir. Lumières suspendues au-dessus des étages de verre.
New York ! New York ! Je suis un enfant de Jimmy Hendrix. Un peu ivre dans cette avenue
Tu peux comprendre pourquoi ce mec nous a fait planer.
Ça swingue, ça bouge, ça ondoie, cette putain de Babylone.
Le mélange de l'air avec les regards chargés de hasard, le noir qui devient une couleur, le noir qui devient vert
Et qui danse comme une gazelle, le noir qui devient rouge comme la sirène des pompiers avec leurs casques
Qui leur font comme une crinière d'argent. Et puis la musique qui s'échappe.
Moi je reste avec mon élégante. Elle a des gants. Je me souvenais qu'elle les portait en buvant son café.
J'ai le clignotant qui s'allume. Tout ça au coin de la 42ème rue. Elle cache des marques. Junkie, droguée, sûr !
Je m'en fous ! Je suis saoul et je continue à faire chromo dans le métro. On change, on marche,
Comme si elle voulait brouiller ses traces. Je lui dis que je sais ce qu'elle cache sous ses gants.
Je lui dis que moi aussi je me shoote. Elle me regarde. Petit Blanc je lis dans ses yeux, comment tu peux savoir
Ce que c'est qu'un négro qui se shoote ? Je suis dans Harlem aux aguets.
J'essaye de tout prendre à la fois. Tous les bruits de la nuit, toutes les ombres, les perrons qui croulent,
Identiques comme des fleurs de pierre avec le marchepied d'un taxi jaune perdu dans l'ombre.
Froid terrible dans l'escalier. A chaque étage une poubelle je regarde le couvercle en gros plan,
Comme si un nègre terrible allait en jaillir. Elle respirait ces poubelles. J'en suis sûr.
Sur un des paliers elle a appelé Jo. Une vieille voix de menteur bleu a dû lui dire que c'était okay.
Qu'elle amène le pognon quand quand le pigeon aurait fait rou-rou. Je parlais pas anglais. Mais j'avais compris.
L'instinct de survie. J'étais qu'un petit gars de la banlieue parisienne.
Perdu en plein Harlem avec une pute percée de partout
Et Jo qui faisait même pas semblant de dormir. Mais il est trop tard. Je la suis et je la regarde pisser dans son évier,
Accroupie avec son beau chapeau qui lui faisait comme un bec noir maintenant.
Fallait rester cool avec ces murs qui palpitaient.
Elle m'a pris le pognon, elle a même tout pris. J'ai rien dit. J'avais plus un rond. J'avais plus envie de baiser.
Elle se shoote devant moi. J'avais vingt ans. J'avais jamais vu une femme se shooter.
Il y a mieux pour te faire croire aux fées.

Ma belle femme noire, j'étais ton frère ce jour-là. Malgré ton indifférence glacée.
Fini le rire ! On tapait dans le dur !
Au diable le coeur. T'avais jamais connu l'espérance ! Je me sentais égorgé.
La belle Amérique pissait dans l'évier. Le beau pays bleu dégoulinait sur les assiettes empilées. J'étais crucifié.
Et je t'aimais. Je cherchais quelque chose à dire, à faire pour te prouver cet amour.
Cet amour incroyable d'un petit Blanc pour une négresse chevauchant les ténèbres du plus grand pays du monde.
Tu m'as poussé vers la porte, j'ai retiré le pull-over vert tricoté par Mamie.
Je te l'ai tendu comme une offrande,
Pour que tu ne m'oublies jamais. Comme pour sceller un pacte. Tu m'as regardé.
T'as peut-être cru que c'était une ruse.
Mais je crois que t'as pigé. Ma soeur. Je m'en foutais. Un instant, un tout petit instant je suis devenue grand.
Mon geste était sans retour. Comme si nous nous étions aimés follement.
Négresse, de temps en temps je te vois. Dans le noir. Avec tes grandes dents d'affamé humain.
Oh je t'aime, oh je t'aime. Je t'aimerai toujours dans ma mémoire oh ma belle femme noire.
Oh je t'aime. Je t'aimerai toujours. Dans ma mémoire, ma belle femme noire.
Je me suis retrouvé sur le bord de Harlem. Il paraît qu'il fallait pas y être.
J'y étais. Libre. En tee-shirt dans la neige.
Il faisait moins vingt. Le ciel était bleu glacé comme les premiers matins. Central Park étouffait sous la neige.
Et moi je t'aimais, je t'aimais ma belle femme noire. Je t'aimais ma belle femme noire.
Je t'aimerai toujours dans ma mémoire,
Ma soeur de misère, ma soeur de misère, ma soeur de misère,
Je t'aimerai toujours dans ma mémoire ma belle femme noire,
Ma belle femme noire, ma soeur de misère, ma soeur de misère,
Ma soeur de misère, ma soeur de misère,
Je t'aimerai toujours, je t'aimerai toujours dans ma mémoire ma belle femme noire,
Je t'aimerai toujours ma soeur de misère, je t'aimerai toujours, toujours.

 
 


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