Paroles officielles de la chanson «Danse, Mendy» : Le Groupe Aventures

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Paroles officielles de la chanson "Danse, Mendy"

Il y a le soir qui balance un coup de bonbon rose, derriere Grenoble.
Il y a les feux des bagnoles. Il y a de la musique américaine.
J'ai vu un cow-boy qui attendait son tour à Texaco.
Des hôtels à cent quarante balles avec des façades comme les cartes postales de Louisiane.
Mendy dans la lumière. Jean Ba Mendy dans la lumière.
Je t'admire. Toi et tout les boxeurs du monde.
Faut savoir qu'il y a de la souffrance là-dedans, un gros paquet de souffrance.
Boxeur. Terrassier. Mineur animal humain, pourtant.
Tous ces rêves d'urgence. Tous ces gestes sans cesse répétés pour en faire le geste.
Le geste parfait. Celui où tout le corps participe à ce seul geste fulgurant qui jaillira et mordra comme le serpent.
Avec une implacable logique. Une absence de sentiments.
L'autre, celui d'en face, c'est ton frère.
Ton adversaire de douleur, de bravoure.
Vous deux savez. Seuls dans la lumière.
Aller toujours plus vite.
Accrocher les lampions de la survie.
Se transformer en bûcheron.
Abattre l'arbre humain.
J'ai traversé le monde des saints. Vous êtes des saints.
J'écris pour les mêmes raisons que vous.
Sauf que moi, y'a que mon coeur qui a pris des coups.
J'ai vécu l'attente, mystique. L'effacement.
J'ai appris à respecter l'adversaire.
J'en ai vu pleurer dans l'ombre alors que leur fils venait de gagner. je crois en toi, Mendy.
Un jour tu m'as dit, je ne fais pas de la boxe pour donner des coups.
Je fais de la boxe pour les éviter.
Danse, Mendy, danse.
Swing mon frère. Mendy tout droit dans la lumière.
Les gamins se mordent la lèvre. Voudraient bien que Mendy, l'archange noir, soit le champion ce soir.
Voudraient du bonheur.
Rêvent tous de devenir Mendy.
Ça sent le tabac et le bière.
Mendy, fais pas le con. Te jette pas dedans.
Réfléchis. Cherche bien le gars. Prends pas des coups à vouloir être le courage.
Peut-être bien que si la vie t'avait donné que du bon, tu serais pas entre les cordes ce soir.

Angel émerge de l'ombre.
A la frontière de la lumière du projecteur.
Observation lointaine de l'adversaire.
Gros plan sur le regard.
Il t'a vu. Il t'a vu et je te jure, d'un seul coup, il s'est rendu compte
Que tout ce qu'on lui avait dit dans les vestiaires et ailleurs, c'était du bidon.
Il a vu que t'étais pas fini du tout, que t'avais peut-être jamais été aussi bon,
Que c'étaient des conneries de tous ces enfoirés qui se prenaient de la fraîche sur son dos,
Que Mendy tout droit dans la lumière, immobile là-haut sur le ring,
Il était affûté comme un champion.
La foule.
Là-haut, dans les projos, vos deux regards l'un dans l'autre. Absents de tout autre projet.
Houari l'entraîneur. En survêt sous les projos.
Il enjambe les cordes. Sort des projos. Y'a plus que toi, Mendy. Et lui. L'indestructible.
Celui qui prie à genoux dans son coin
T'imagines, Mendy, que ce soir il est pas venu pour te servir de sparring-partner.
Il veut te la piquer ta couronne.
Il veut retourner chez lui champion.
Il pense à cette foutu couronne. Il pense à sa femme, à ses petits.
Vite peut-être une vie meilleure.
Y'a l'arbitre. Il ne servira qu'à vous décoller, épuisés, à vous accrocher l'un à l'autre pour souffler. Misérables secondes.
Fausses éternités.
On s'est croisés du regard.
T'étais déjà ailleurs.
Gong, on lâche la vapeur. La foule pousse ses champions.
Buveurs de bière. Faut savoir attendre.
Laisser passer les coups qu'arrivent gros plan, vitesse T.G.V.
Faut pas avoir le pied mal posé.
Faut pas avoir le mal de mer.
Faut éviter le coup qui visse, qui vrille, qui te laisse ouvert, le temps que l'autre t'achève.
Plus près dans les lumières, perdus dans les premiers rangs, les anciens cogneurs sont là. Attentifs.
Bûcherons pensifs. Les coudes sur les genoux. La tête dans les mains.
Tous ces coups, toute cette sueur de douleur, tous ces kilomètres dans une caisse, à rêver qu'on deviendra champion.
Qu'on aura une vie normale. Putain, Paulo, le courage qu'il faut !
Y'a qu'à la télé que ça cogne au ralenti.
Y'a des banderoles avec ton nom Mendy.
Y'a toute l'Afrique des banlieus qui a le coeur qui bat.
Dis, Mendy, si tu deviens champion du monde, on retournera là-bas ? À Saint Louis.
On ouvrira un maquis. Promets Mendy. Ils se sont flingués en pleine lumière,
Siècle après siècle, cloche après cloche. Coeur en avant.
Plus là. À eux. À eux seulement. A pousser tout le corps dans le poing sans basculer.
T'as dansé et lui suivait en avançant.
Avec tes cannes d'enfer, faut être une gazelle pour danser avec toi.
"Je danse pas, mais je reste dans la lumière et j'avance, Mendy, j'avance, je te jure.
T'es balèze mais je vais trouver le truc.
"T'entends, Mendy, moi aussi, je suis un champion.
"Tu me fais mal, mais faut que je rentre à la maison avec cette foutue couronne.
Mendy, malgré tous tes coups, je pense encore.
Je suis pas sonné. Mais j'ai mal. J'ai mal nom de Dieu.
"Je me suis pété la main sur toi. Mais je te lâcherai pas, Mendy."
Mendy, c'était pas sûr que tu gagnes. J'ai eu peur pour toi. Angel, il a été jusqu'au bout.
Toi t'as repris la main. Je l'ai vu à ta gauche que tu as laissée tomber le long du corps
Comme les chats quand ils ont la distance.

Mendy danse. Angel avance. Corps à corps.
Souffrance. Ta droite jaillit comme un trait.
Angel tremble.
Ton pas en arrière pour laisser Angel récupérer.
C'est bien toi, Mendy ! Sûr que des gars qui laissent souffler l'adversaire, ça court pas la vie.
La foule explose. Electrique. Une femme se mord la lèvre. Pas de plaisir.
Houari, derrière les cordes, concentré.
Toujours le même conseil. "Te jette pas petit !
Te jette pas ! Ajuste ! Te jette pas ! Laisse venir ! Te bas pas ! Pas tout de suite !"
On sait que t'es fier. Que t'aimes quand c'est beau. Ça te fait prendre des risques.
Tout ça dans les lumières, les acclamations, le sang et la sueur.
Les anciens hochent la tête. Bon signe.
Connaisseurs. La déglingue du public qui demande la mort. Un vieux lève la tête vers les connards.
En colère le vieux. Honteux pour eux. Trop de souffrance.
J'attends au vestiaire. Des balèzes gardent les couloirs.
Mobilier sommaire, toujours genre garde-à-vue. La douche est chaude, c'est toujours ça.
La peinture des murs est pas neuve. Enfin les serviettes sont blanches, ça donne le change.
Faut retirer les gants. Doucement.
Faut défaire les bandelettes autour des mains.
Faut défaire la sculpture.
Faut tendre les doigts libérés. Tendre la main.
Ouvrir lentement la paume. Après tu mets la tête en arrière contre le mur.
Hé boxeur ! Tu revois le combat ?
Houari boucle son sac. Il refuse le champagne. Il ne boit que de l'eau.
Faut qu'il prenne le dernier train. Y'a les frères, les cousines, les cousins.
Ils ont fait le chemin de vachement loin pour être là.
Demain, c'est le boulot. Faut aller au dodo.
On s'embrasse. On se serre la main. Photo.
Pas bidon. Y'a de la chaleur. Y'a de l'amour et puis un peu de bonheur.
Houari a dit tchao, le sac sur le dos.
Je veux que tu sois champion du monde Mendy. Tout le temps.
Moi j'en ai marre de mon coeur qui tout le camp.
A cent quarante sous les cordes de la sueur. Je veux qu'on soit amis toute la vie.
Je veux qu'on vive vieux.
Qu'avec des blessures de l'âme.
Je veux que plus tard, au hasard sous un hangar, au bout du quai, on entende la voix de Houari.
"Te jette pas petit ! Danse comme Mendy !"
Cette nuit je marche à côté de toi, champion.
Au milieu de l'avenue. À Levallois. Quand j'étais môme, c'est drôle, je passais toujours là.
C'étaient des bistrots, des calanques de terre ferme, des rues tranquilles avec des bagnoles sans roues
Qui continueront à se faire désosser selon les besoins.
Des terrains vagues, des potagers, le lopin, la petite baraque avec les outils.
D'un côté Paris, et de l'autre un bras de Seine avec des péniches qui filent vers le centre de la terre, vers les rivières.
Les lumières de la ville neuve éclaboussent la nuit sous la pluie.
Hey, roule, le train, t'occupes pas des signaux. Fonce tout droit.
Traverse-moi l'âme. Bouleverse-moi. Tout est beau dans ma mémoire.
J'ai fait pousser des fleurs sur la merde. Vivre. Comme l'océan au milieu des bruissements.
File, le train. File sur l'eau sous le soleil cicatrice d'argent.
Hey Mendy ! Quand tu seras champion du monde, promets qu'on se barre là-bas.
On ouvrira un petit maquis. Là-bas.
A Saint Louis.

 
 


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