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(Titre de Léo Ferré, qui a mis en musique les vers du poÚme de Louis Aragon 'Bierstube Magie allemande' tiré du recueil Le Roman inachevé (1956).)
Tout est à faire de décor
Changer de lit changer de corps
A quoi bon puisque c'est encore
Moi qui moi mĂȘme me trahi
Moi qui me traßne et m'éparpille
Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles
J'ai cru trouver un pays
CĆur lĂ©ger, cĆur changeant, cĆur lourd
Le temps de rĂȘver est bien court
Que faut-il faire de mes jours
Que faut-il faire de mes nuits
Je n'avais amour ni demeure
Nulle part oĂč je vive ou meure
Je passais comme la rumeur
Je m'endormais comme le bruit
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent
C'était un temps déraisonnable
On avait mis les morts Ă table
On faisait des chĂąteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changer de peau et d'épaule
La piÚce était tellement drÎle
Moi si j'y tenais mal mon rĂŽle
C'était de n'y comprendre rien
Dans le quartier Hohenzollern
Entre La Sarre et les casernes
Comme les fleurs de la luzerne
Fleurissaient les seins de Lola
Elle avait un cĆur d'hirondelle
Sur le canapé du bordel
Je venais m'allonger prĂšs d'elle
Dans les hoquets du pianola
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent
Le ciel était gris de nuages
Il y volait des oies sauvages
Qui criaient la mort au passage
Au-dessus des maisons des quais
Je les voyais par la fenĂȘtre
Leur chant triste entrait dans mon ĂȘtre
Et je croyais y reconnaĂźtre
Du Rainer Maria Rilke
Elle était brune et pourtant blanche
Ses cheveux tombaient sur ses hanches
Et la semaine et le dimanche
Elle ouvrait Ă tous ses bras nus
Elle avait des yeux de faĂŻence
Elle travaillait avec vaillance
Pour un artilleur de Mayence
Qui n'en est jamais revenu
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent
Il est d'autres soldats en ville
Et la nuit montent les civils
Remets du rimmel Ă tes cils
Lola qui t'en iras bientĂŽt
Encore un verre de liqueur
Ce fut en avril Ă cinq heures
Au petit jour que dans ton cĆur
Un dragon plongea son couteau
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent
Comme des soleils
Révolus
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le 23 novembre 2025 Ă 8h28.
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